jeudi 21 octobre 2010

Lettre d'un poilu

Ma bien aimée,
C’est l’enfer autour de nous. Nous avons beau chercher un refuge, tout n’est qu’éclatement, bruits, poussière et cris.
Je veux malgré tout essayer de me mettre à l’écart pour imaginer être à tes côtés, aspirant à la douceur de ton regard et aux caresses de tes mains sur mon visage Sali par la boue des tranchées. Seul l’espoir d’échapper à cet horrible massacre pour te rejoindre me permet de garder un souffle de vie. Sans cette espérance que resterait – il de nous ? Seulement l’idée de se laisser détruire pour en finir avec ces horreurs.
Pour toi, je dépasserai mes limites pour de nouveau te serrer dans mes bras.

Colette

Chère maman,
Quand cette lettre te parviendra, je ne serai plus de ce monde.
Notre capitaine nous a appris sans ménagement au milieu des bruits des canons et des plaintes des blessés que le courrier serait porté à nos familles avec l’annonce officielle de notre mort. Ne pleure pas, je resterai toujours dans ton cœur et toi dans le mien.
J’ai voulu m’engager un peu par bravade pour te prouver ainsi qu’à Marie mon courage et aussi pour la France.
Nous pensions naïvement que cette guerre serait courte et que l’ennemi allait en découdre.
J’espérai revenir au pays comme Ulysse plein d’usage et de raison, retrouver ma famille, Marie, mes amis, mes habitudes et reprendre mes études où je les avais laissées et devenir le médecin de campagne que je désirais être.
Je n’ai plus ni le courage ni le temps d’écrire à Marie, nous avions fait de merveilleux projets et mon cœur est si triste. Explique lui bien, que mes pensées avant cette dernière bataille auront été pour elle, pour toi, pour tous ceux que j’aime.
J’ai encore tant de choses importantes ou enfantines à vous dire mais le canon gronde, je dois me présenter à mon bataillon.
Je n’ai plus qu’un vœu à formuler : que cette guerre si destructrice soit la dernière.

Micheline

Ma femme,
Nous sommes là pour cueillir les marguerites de la victoire ! C’est ce qu’on nous a dit. Pour l’instant elle se fait attendre et je n’ai vu que du chiendent. Nous reculons, nous reculons. C’est plutôt le signe de la débâcle qui s’annonce. Mais assez parlé de moi. Comment sont les raisins cette année ? J’espère que les vendanges permettront une récolte abondante et que le vin sera bon. Nous en aurons besoin pour fêter la victoire. Enfin, si elle arrive !!! Ta voix me manque, ton regard me manque, ton sourire me manque mais malgré cela je ne voudrais pas t’avoir près de moi, le lieu n’est pas sûr. Et puis si la victoire est proche je te serrerai dans mes bras très bientôt.
Je t’embrasse, ma femme.

Alain

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