J'ai habité avec ma famille au-dessus de l'atelier d'un luthier qui recevait chez lui des musiciens du monde entier, vu les timbres que Mr Charles (le luthier) me donnait pour ma collection.
Je passais de moments d'extase quand les virtuoses jouaient soit sur leur flûte, leur clarinette ou leur hautbois après réparation, à des moments de crispation quand c'était Monsieur Charles et son fils qui testaient les instruments !
Je me bouchais les oreilles pour ne pas entendre les suites de notes répétées mille fois, grinçantes, gémissantes, saccadées..... Je me consolais en pensant que nous aurions pu habiter au-dessus d'un Cabinet dentaire et entendre à longueur de journée le bruit de la roulette et les gémissements des patients!
Renée
A l’âge de 8 ans, dans mon école primaire, j’ai eu l’occasion d’apprendre un instrument de musique, afin d’ouvrir mon jeune esprit à au monde musical. J’ai choisi, je ne sais plus pourquoi exactement, un instrument qui n’est pas des plus faciles, la clarinette. Sous les yeux sérieux mais compréhensifs de mon jeune professeur, Monsieur Dufalo, j’ai appris à lire la musique et à jouer les notes, j’ai appris mes gammes, j’ai développé mon souffle et l’agilité de mes doigts. J’ai appris également à interpréter, et non seulement à produire les bonnes notes dans le bon ordre au bon rythme. Tout ça pour le plaisir, entre autres, de voir la satisfaction dans les très beaux yeux de M. Dufalo. Mes leçons ont duré huit ans. Vers la fin, à 16 ans, son regard est devenu de moins en moins approbateur car mon envie de m’amuser et à sortir commençait à primer sur le travail de la clarinette après l’école et mon désir de faire plaisir à M. Dufalo…il y avait du laisser aller. J’étais arrivée à un « plateau » technique, et pour avancer je n’avais plus la motivation suffisante. Alors, j’ai laissé tomber…à mon grand regret quelques années après.
Quarante ans plus tard, j’ai tiré ma vieille clarinette du fond du placard. J’avais envie de voir s’il en restait quelque chose des mes anciennes prouesses musicales. Je l’ai remontée et soufflé dedans…alors, RIEN ! Découragée, je l’ai remise au placard, mais je ne pouvais pas me résoudre à m’en débarrasser. L’année dernière, un voisin m’a prêté la sienne, comme il ne pouvait plus jouer avec une tendinite permanente à l’épaule. J’ai essayé et…oh, miracle, j’ai joué ! Pas avec la même maîtrise et pas aussi longtemps, mais ça revenait petit à petit. C’était donc possible ! Je me suis entraînée sur « Petite Fleur » de Sidney Bechet que j’ai finalement donné en concert lors de la fête de ma chorale. J’avais, bien sûr, un succès monstre. Alors je vous préviens, surveillez la publicité, je passerai bientôt à l’Olympia !
Martha
Vous allez tous être surpris,
Par l’instrument que j’ai choisi,
Lorsqu’au grand jour de mes 16 ans,
Que vas-tu faire maintenant ?
Comme je commençais bien tard,
Je dus rattraper mon retard,
Et la musique m’attirant,
Je du choisir un instrument.
Piano, violon ou bien trompette,
Tout cela trottait dans ma tête,
Quel est celui pour le moment,
Que j’apprendrais rapidement,
Et qui me permettrait un jour,
De jouer des notes avec amour ?
Il ne m’en restait qu’un hélas,
Je me mis à la contrebasse… !
Colette
Nous partagions Maryse et moi le palier des deux appartements du 1er étage rue Mostapha El Maani à Casablanca dont nos parents étaient propriètaires. Nous étions amies et constamment l’une chez l’autre. J’avais 8 ans quand tout a commencé.
Jean-Jacques, son frère de 12 ans est arrivé porteur d’un instrument de musique à fière allure, aussi grand que lui, au bois acajou brillant, avec de drôles de cordes tendues et une sorte de baguette qui s’est avérée plus tard être un archet.
J’étais très impressionnée et admirative jusqu’au moment où Jean-Jacques commença ses gammes.
Ce n’était pas de la musique mais un ensemble malheureux de sons discordants qui me cassait les oreilles.
Ce n’était pas non plus un élan de l’âme qui m’aurait permis de communiquer avec lui, d’autant que nos chambres étaient mitoyennes.
Etait-il obligé de s’appliquer à ce point pour faire plaisir à ses parents ?
Quoiqu’il en soit et pendant 6 ans, à raison d’au moins 3 à 4 heures par jour, j’ai suivi ses hésitations, ses progrès, je m’habituais, j’en arrivais même au fil des années à tomber sous le charme de tous ses grands airs classiques qu’il interprétait avec talent.
C’est même avec nostalgie que nous l’avons accompagné à l’aéroport. Il s’envolait pour Paris et le Conservatoire de Musique. Il a obtenu le premier prix de violoncelle .Mes sacrifices n’avaient pas été vains !!!
Micheline
Mon piano
Dans un coin du salon chez mes parents trônait un piano lourd et encombrant que je regardais avec effroi, pour ne pas dire aversion.
Je devais m’exercer tous les jours sur cet instrument et une fois par semaine, une dame triste et revèche venait m’instruire et m’initier, me former pour que de cet instrument sorte une musicalité de qualité.
Aujourd’hui, une sonate de Béthoven, une étude de Back, une valse de Chopin sont pour moi la référence suprême. La sonorité cristalline, la puissance évocatrice sont le plaisir absolu et je regrette mon aversion première pour le piano.
Cette aversion est liée sans doute au côté obligatoire, programmé et imposé de cet instrument.
La musique demande l’adhésion totale, libre, affective pour s’exprimer.
La musique demande aussi le talent que je n’avais pas.
Roseline
Le vieux piano désaccordé était là, à Marseille, dans la maison, sans que personne ne s’en préoccupe, sans que quiconque n’ait joué un seul morceau, dans la famille. Pourquoi était-il là ? Mystère ! Petite fille, cet instrument m’intriguait et j’aurais bien aimé apprendre à en jouer. Hélas, les adultes étaient préoccupés par d’autres sujets bien plus tristes et ils n’ont pas jugé bon de m’inscrire à un cours.
La magie du piano est restée. Plus tard, j’ai été attiré par ceux, capables de jouer à deux mains. Ces mains, fines et longues donnent à la musique une élégance et les émotions ressortent, tantôt gaies et enlevées, tantôt lentes et tristes.
Le piano sait tout faire pour peu que l’on y mette du cœur ; jusqu’au Ragtime, avec ses rythmes endiablés où quatre voire six mains jouent ensemble.
Michèle
Instrument singulier le triangle m’a toujours intrigué. Pour celui qui en joue, le rêve est interdit. Il doit intervenir à un moment bien précis qu’il ne peut manquer. Il est indispensable comme dans la Flute Enchantée. S’il laisse passer l’instant tout s’écroule, l’orchestre s’arrête. Ainsi, l’harmonie d’ensemble de ce grand opéra repose sur trois petits sons à un moment précis. Le rêve est à ce prix.
Alain
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